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NanoSense : histoire d'une reprise d'industrialisation en Chine

2024

Le rachat de NanoSense, fabricant de capteurs de qualité d'air, par le groupe Igienair : reprendre vingt ans d'industrialisation, piloter une production partagée France-Chine, et voir de près ce que vaut vraiment l'atelier du monde.

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NanoSense : histoire d'une reprise d'industrialisation en Chine

NanoSense fabrique des capteurs de qualité d’air depuis une vingtaine d’années. Quand le groupe Igienair le rachète, je récupère un dossier que je n’ai pas écrit : une industrialisation déjà en route, pas une page blanche. Une surprise, et un vrai défi.

reprendre vingt ans, pas une page blanche

Reprendre, ce n’est pas concevoir. Il faut récupérer vingt ans de connaissances techniques : des produits qui ont évolué au fil des apports technologiques, modifiés et re-modifiés, et qui laissent derrière eux un grand nombre de dossiers de production. L’avantage, c’est qu’on a de la matière. L’inconvénient, c’est qu’il faut comprendre des choix faits bien avant soi et remettre de l’ordre dans tout ça.

La production est un mix. L’assemblage final se fait en France. Les sous-ensembles, les PCBA et les pièces mécaniques sont fabriqués et montés en Chine, chez différents EMS : fabrication des PCB, lignes d’assemblage, montage. C’est ce que je suis allé voir sur place, à Shenzhen.

La machine pick-and-place pose les composants sur le PCB, chez un de nos EMS à Shenzhen.
La machine pick-and-place pose les composants sur le PCB, chez un de nos EMS à Shenzhen.

mon rôle : la passation

En tant que responsable hardware, mon travail a d’abord été d’accompagner les équipes et les ingénieurs de NanoSense avant leur départ. Toute la valeur était dans leur tête et dans leurs dossiers : la passation des documents techniques, du savoir-faire et de l’organisation de la production. Récupérer ça proprement, c’est ce qui fait qu’une reprise tient ou s’effondre.

ce que la Chine fait vraiment bien

La Chine a des atouts que je n’avais vus en Europe que réservés aux clients qui pèsent plusieurs millions par an. Là, je les ai eus pour une PME.

Huaqiangbei, le plus grand marché de composants du monde : ici, sourcer n'est jamais un problème.
Huaqiangbei, le plus grand marché de composants du monde : ici, sourcer n'est jamais un problème.

Concrètement : un interlocuteur disponible presque 24h/24, des équipes dédiées à la recherche de composants de référence, l’optimisation de la BOM entre pièces chinoises et européennes, l’optimisation des fichiers de production pour réduire les coûts. Le tout inclus dans les frais de production, qui ne représentent au maximum que 5 % de nos prix affichés. Les pièces mécaniques sortent du même écosystème, moules d’injection compris.

Un moule d'injection sur le sol de l'usine : les pièces mécaniques aussi sortent d'ici.
Un moule d'injection sur le sol de l'usine : les pièces mécaniques aussi sortent d'ici.

On n’est pas à l’abri que la vraie marge soit ailleurs, dans la fabrication elle-même. Mais les chiffres parlent : entre une production en Europe et la même en Chine, j’ai vu jusqu’à 4 fois moins cher, transport compris.

ce que j’en retire

Le bon :

  • un accompagnement réel malgré notre taille de PME, là où on se croit insignifiant ;
  • un dossier de production optimisé, qui n’a rien à envier à l’Europe ;
  • des coûts incomparables avec l’Europe, pour nos volumes.

Le moins bon, et je préfère le dire :

  • les conditions de travail. On ne m’a rien montré d’horrible, le respect des employés semblait là, mais j’ai du mal à imaginer un tel rythme et des marges aussi faibles sans que ça pèse sur quelqu’un.
  • il faut les tenir à l’œil en permanence. Les erreurs arrivent souvent. Chaque information doit être claire et facile à comprendre, sinon elle passe : ils ne posent pas toujours la question, et l’erreur file jusqu’au produit.

Inspection d'une carte avant expédition : la vigilance ne se délègue pas.
Inspection d'une carte avant expédition : la vigilance ne se délègue pas.

Reprendre une industrialisation, ça apprend autant que d’en démarrer une. Parfois plus.