Quatre mois chez Carmat, en 2021, comme ingénieur électronique. C’est court, je suis ensuite parti vers la gestion de projet. Mais c’est le poste qui a changé ma façon de voir le métier : ici, « la technique au service de la vie » n’est pas un slogan, c’est le cahier des charges.
carmat, et le cœur artificiel total
Carmat conçoit et fabrique l’Aeson, le cœur artificiel total le plus avancé au monde, à Vélizy-Villacoublay. Le projet est né dans le sillage du chirurgien Alain Carpentier, avec un héritage d’ingénierie aéronautique. L’objectif est simple à énoncer, vertigineux à tenir : remplacer entièrement le cœur d’un patient en insuffisance cardiaque biventriculaire terminale, quand la greffe n’arrivera pas à temps, ou pas du tout.
Là où la plupart des assistances circulatoires se contentent de pousser le sang, l’Aeson essaie d’imiter un vrai cœur. Les surfaces en contact avec le sang sont en tissu péricardique bovin traité, pour limiter les caillots et le rejet, le point faible des cœurs mécaniques classiques. Et la prothèse est auto-régulée : elle ajuste son débit à l’activité du patient, toute seule. C’est pulsatile, et presque vivant.

mon rôle : prouver l’équivalence
J’étais ingénieur électronique, en charge de la validation technique des composants en fin de vie : ceux qu’un fournisseur arrête, qu’il faut remplacer sans rien changer au comportement du dispositif, ou par une meilleure spécification quand c’est possible. Sur un organe implanté, « à peu près équivalent » n’existe pas. Il faut le démontrer.
Concrètement : relation fournisseurs, essais en laboratoire, essais en étuve pour le vieillissement accéléré, essais sur produit complet. On ne valide pas un composant, on valide une preuve.


le niveau d’exigence, et l’impact
Deux choses ne m’ont plus quitté. La première, c’est le niveau de détail sécurité qu’exige un dispositif implantable : rien n’est « probablement bon », chaque composant a une histoire tracée, chaque essai une raison d’être. Une rigueur que je transporte sur tous mes projets depuis.

La seconde, c’est l’impact. Pendant que j’étais là, un patient en fin de vie a gagné six mois grâce au dispositif. Six mois, ce n’est pas une ligne dans un rapport de validation. C’est ça qu’on fabrique, au bout de la chaîne.
Et au passage, j’ai appris sur le corps humain ce qu’aucun cours d’électronique ne m’aurait donné : comment circule le sang, comment l’effort dilate les vaisseaux et accélère le rythme, y compris celui d’un cœur artificiel, qui doit suivre.
ce que j’en retire
Je ne suis pas resté assez longtemps pour marquer le produit. Mais Carmat a marqué ma façon de travailler : la traçabilité comme réflexe, l’idée qu’une spécification se prouve et ne se suppose pas, et la conviction qu’un bon produit se mesure à ce qu’il change pour quelqu’un.